La numérisation : transformer le transport mondial | IRU
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Vision

La numérisation : transformer le transport mondial

9 fév 2018 Genève

Responsable « Innovation » d’IRU à l’échelle mondiale, Zeljko Jefti jette un éclairage sur la révolution numérique dans le secteur de la logistique et souligne la nécessité de partager les meilleures pratiques à l’échelle mondiale, tout en expliquant pourquoi il est important que l’infrastructure numérique soit déjà en place avant que la profession puisse bénéficier d’innovations aussi remarquables que les camions sans conducteur. Il revient ici sur les documents de transport numériques, le Service européen de télépéage (SET), le Règlement général sur la protection des données et le commerce électronique.


Des changements sans précédent se profilent à l’horizon, laissant entrevoir une refonte de nos modes de transport de marchandises et de personnes à l’avenir.

L’innovation et les services numériques sont en train de remodeler le monde tel que nous le connaissons, mais en matière de mobilité, et malgré une amélioration significative au fil des ans, les bases demeurent inchangées. Le transport repose encore trop largement sur le support papier, et lorsque des données sont disponibles au format électronique, les options de partage sont particulièrement limitées. La situation se justifie parfois par des raisons valables, à l’instar de la protection des données ; mais cette insuffisance est généralement due à un manque d’interopérabilité et à l’absence de relations commerciales.

Les services numériques sont en train de redéfinir le monde tel que nous le connaissons

Alors que leur niveau d’automatisation ne cesse de croître, les véhicules finiront par devenir autonomes. L’entrepôt automatisé est déjà une réalité, équipé de robots évoluant aux côtés de l’homme pour accélérer les processus de conditionnement et d’expédition. La blockchain passe actuellement au banc d’essai pour les services de mobilité, tandis que les systèmes de communication entre les véhicules (V2V) et entre les véhicules et les infrastructures (V2I) sont en cours de développement. Le commerce électronique connaît une incroyable croissance.

Tous ces changements sont rendus possibles par le déploiement des technologies numériques.

Le stockage numérique et le partage des données sont la clé pour permettre un transport optimal, assorti d’un niveau de planification adéquat permettant à l’ensemble des camions de circuler à pleine charge, d’emprunter un itinéraire optimal et d’être considérés comme faisant partie intégrante de la chaîne logistique.

En bref, les innovations opérées en matière d’adaptation de charge, de mise en peloton, de systèmes de transport intelligents, d’écoconduite, sont autant de solutions permettant d’accroître l’efficacité sans nuire à la capacité. Ainsi, alors que la demande de transport de marchandises croît et que les carburants fossiles diminuent, l’innovation ouvre la voie vers un nouveau modèle, sur le fondement du développement durable.

Mais commençons par le début.


La montée en puissance de l’e-CMR – la lettre de voiture numérique

Dans le secteur du transport routier, la lettre de voiture CMR compte parmi les documents clés dans le cadre des opérations transfrontalières. On dénombre quelque 150 à 200 millions de CMR et autres lettres de voiture utilisées chaque année en Europe pour les transports internationaux, ce chiffre culminant à près d’un milliard si l’on inclut le transport de fret national.

Outre les implications écologiques de l’utilisation du papier, le numérique permettrait un gain de temps de l’ordre de 38 à 44 pour cent pour l’administration des documents, à savoir le fait de compléter, mettre en forme, imprimer, vérifier, signer et revérifier la CMR. En Scandinavie par exemple, l’économie serait d’environ 3 euros pour chaque CMR papier utilisée.

Si l’on évoque ici la CMR, il en va de même pour les systèmes de transit douanier tels que le TIR et tous les autres documents de transport.

Les documents électroniques et le partage de données permettront d’accroître la transparence, la précision et la rapidité des processus commerciaux. Aujourd’hui, il est malheureusement fréquent que les paiements soient retardés de plusieurs jours, voire plusieurs semaines, en raison de l’obligation des transporteurs de présenter des CMR signées au format papier. Les entreprises affichant des marges de profit inférieures à 5 pour cent doivent souvent leur survie quotidienne aux flux de trésorerie.

Prenons l’exemple de BLG Automative Logistics, l’entreprise utilise chaque année deux millions de feuilles de papier pour le transport d’un million de véhicules. Pour l’ensemble de l’Europe, ceci équivaut à 16,5 millions de véhicules transportés et 33 millions de feuilles de papier ; soit un potentiel d’économie de 135 tonnes de bois chaque année. Avec 14,5 millions de tonnes transportées par camions en Europe (chiffres de 2015), c’est d’un écosystème tout entier qu’il s’agit ici.
En plus des aspects particulièrement importants que sont la préservation des forêts à travers la réduction de la consommation de papier et la stimulation de la croissance économique en augmentant la transparence, la précision et la rapidité, la numérisation s’accompagne d’avantages indirects pour la sécurité routière.

Le projet européen iHeERO a montré que le service d’appels d’urgence (eCall) peut être connecté à des sources d’information en temps réel, à l’instar des services e-CMR, afin d’informer instantanément les équipes de secours non seulement de la localisation et du type de camion concerné, mais aussi du type de marchandises transportées si un camion était impliqué dans un accident. Les services d’urgence seraient ainsi mieux à même de répondre et réagir à un éventuel accident impliquant des camions.

L’e-CMR bénéficie d’une adhésion croissante – et plus les pays sont nombreux à y adhérer, plus les bénéfices sont importants

L’e-CMR bénéficie d’une adhésion croissante – et plus les pays sont nombreux à y adhérer, plus les bénéfices sont importants. Un certain nombre de pays la soutiennent en Europe et en Eurasie, et l’ONU et l’UE défendent avec ferveur les documents de transport numériques et le partage de données. Le Luxembourg et l’Iran sont les deux derniers pays à avoir adhéré au Protocole additionnel à la CMR concernant la lettre de voiture électronique, ce qui démontre que la numérisation ne connaît aucune limite.

 

Revoir les formules, sans réinventer la roue : tirer les leçons des pratiques exemplaires dans le monde

L’année 2018 constituera un important jalon en matière de réglementation relative à la confidentialité des données. Élaboré par la Commission européenne, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) entrera en vigueur le 25 mai et s’appliquera à toute société gérant des bases de données de clients ou d’utilisateurs. Les entreprises qui ne respectent pas les dispositions du RGPD s’exposent à de graves sanctions financières.

Tout fournisseur de services numériques devra s’y conformer : plateformes de bourse de fret, opérateurs de transport ou encore fournisseurs de solutions dashcam innovantes pour la sécurité routière.

Un autre changement significatif en Europe sera l’introduction du Service européen de télépéage (SET), qui vise à assurer l’interopérabilité des systèmes de péage routier entre différents pays. Cela implique une réduction du nombre de boitiers de télépéage pour les camions (ramené idéalement à un seul boitier) et la simplification du traitement des paiements.

Dans ce contexte de profonds bouleversements du paysage logistique, l’échange mondial de bonnes pratiques est essentiel.

Dans ce contexte de profonds bouleversements du paysage logistique, l’échange mondial de bonnes pratiques est essentiel.

Alors que l’Europe et l’Eurasie ont clairement pris des mesures en faveur de l’adoption de documents de transport numériques, ces régions peuvent tirer parti des expériences pratiques du Brésil et du Mexique. Dans ces deux pays, les lettres de voiture sont utilisées au format électronique depuis plusieurs années maintenant, ce qui garantit une transparence accrue entre les intervenants et permet de se conformer plus aisément aux processus réglementaires.

Eu égard au système de transports routiers aux États-Unis, le principal effort de numérisation mené ces dernières années a été l’introduction de dispositifs d’enregistrement électronique (ELD). Ces dispositifs sont obligatoires pour tous les camions opérant sur le territoire des États-Unis depuis le 18 décembre 2017. Soutenue par l’Association membre d’IRU, l’American Trucking Associations (ATA), cette initiative est le fruit d’échanges menés sur des sujets tels que l’utilisation par les autorités des données traitées au moyen de ces dispositifs ELD et l’assurance de leur sécurité.

Quoi que différente, du point de vue de sa mise en œuvre, du tachygraphe numérique mis en place depuis de nombreuses années, cette solution répond toutefois à la même finalité, à savoir l’enregistrement du temps de conduite du conducteur et son occupation. Dans ce cas, les expériences européennes peuvent permettre d’atténuer les craintes potentielles des collègues américains en démontrant les avantages sur le terrain.

Prenons un exemple : le temps moyen pour trouver un fret a été ramené de 2,27 jours à 0,38 jour

J’ai également été très heureux d’apprendre que la plateforme d’information logistique intelligente YMM était récemment devenue membre d’IRU. YMM est la première plateforme de répartition du transport de fret intérieur en Chine à exploiter pleinement les dernières technologies en matière de cloud computing (ou informatique en nuage), big data et Internet mobile. Elle compte plus de 3 900 000 conducteurs de poids lourd enregistrés et plus de 850 000 propriétaires de cargaisons enregistrés. Le fait de gérer un aussi grand nombre d’acteurs du transport permet des gains d’efficacité impressionnants. Prenons un exemple : le temps moyen pour trouver un fret a été ramené de 2,27 jours à 0,38 jour.

La numérisation gagne aussi en importance dans différentes régions d’Afrique, où les plateformes de bourse de fret sont en plein essor et le système de microfinancement et de transfert d’argent par téléphone mobile M-Pesa est utilisé pour régler les livraisons de marchandises. Comme je l’ai dit plus tôt, il n’y a pas de limite au numérique : le système M-Pesa a également été introduit sur d’autres continents.


Assurer la pérennité de notre profession

Dans les eaux agitées de l’industrie du transport routier, ces éléments ne représentent toutefois que la partie visible de « l’iceberg de l’innovation et de la numérisation ». Chacun de ces éléments mérite une analyse et une réflexion plus poussées et IRU prend ici les commandes afin de fournir à la profession une plateforme lui permettant d’apprendre et de naviguer dans ces eaux. L’année 2018 annonce deux rencontres importantes pour les chefs de file de la profession, toutes deux axées sur l’innovation et sur la numérisation.

Deux rencontres importantes pour les chefs de file de la profession, toutes deux axées sur l’innovation et sur la numérisation

L’événement intitulé IRU Logistics & Innovation Solutions aura lieu le 12 avril à Amsterdam ; en coopération avec ses Membres, IRU réunira les secteurs du transport routier et de la logistique pour présenter les dernières solutions numériques, telles que les plateformes de bourse de fret, le SET, les documents électroniques, de nouvelles fonctions télématiques et des pratiques en matière de partage des données. L’événement sera également l’occasion pour les transporteurs de découvrir auprès des grands affréteurs et des plateformes d’e-commerce les exigences les plus récentes et à venir en lien avec les opérations de transport. Enfin, les transporteurs seront également en mesure de partager leurs expériences et de se mettre en relation les uns avec les autres, de même qu’avec des affréteurs internationaux et des fournisseurs de services de premier plan.

Le Congrès mondial d’IRU – L’innovation en mouvement – aura lieu à Mascate, Oman, du 6 au 8 novembre, réunissant la profession afin de débattre des défis auxquels nous sommes confrontés dans le secteur du transport routier et du commerce ; il sera l’occasion de présenter les principales conclusions des leaders sur le marché de l’innovation, des entreprises, des gouvernements et des associations dans le but d’identifier les meilleures pratiques et découvrir comment les reproduire. Oman, qui aspire à devenir un pôle logistique régional majeur, offre un environnement particulièrement propice à la découverte des dernières innovations de classe mondiale.

Sans une infrastructure logistique entièrement numérique, le monde n’est pas prêt à accueillir les camions sans conducteur

L’innovation, et plus précisément la numérisation, ne se rapporte pas à une solution, un produit ou un service unique. Il s’agit d’une révolution mondiale qui se répercute sur tous les aspects du transport routier. Une révolution à laquelle nous devons nous joindre pour assurer la pérennité des activités de transport routier à l’avenir.

En tant qu’industrie, le secteur du transport routier doit combler le fossé entre les innovations remarquables, telles que les camions sans conducteur, et la réalité sur nos routes aujourd’hui. Nous devons clairement montrer que toutes ces étapes numériques ouvrent peu à peu la voie vers un avenir durable.

Pour citer le Secrétaire général d’IRU, Umberto de Pretto, « Le message est simple. Sans une infrastructure logistique entièrement numérique, le monde n’est pas prêt à accueillir les camions sans conducteur. »

 

Zeljko Jeftic, IRU Head of Global Innovation

Zeljko Jeftic, Responsable « Innovation » d’IRU

Responsable « Innovation » d’IRU à l’échelle mondiale, Zeljko Jeftic est à la tête de l’engagement affiché par l’organisation, auprès de ses Membres et de la profession tout entière, dans les domaines de l’innovation et des services. Ingénieur de formation, Zeljko a travaillé dans le secteur des télécommunications chez Ericsson et il a contribué au développement de solutions de sécurité routière actives (qui forment aujourd’hui la base de l’évolution des véhicules autonomes) au sein du Groupe Volvo.

Zeljko a ensuite rejoint ERTICO - ITS Europe en tant que gestionnaire principal de projets européens de R&D sur les véhicules connectés et les systèmes coopératifs de communication entre les véhicules (V2V) et entre les véhicules et les infrastructures (V2I), en mettant l’accent sur l’efficacité énergétique. En 2013, il a rejoint IRU où il a dirigé la mise en place de l’équipe de Projets d’IRU, qui œuvre au développement de solutions et de connaissances visant à améliorer le transport routier au travers de multiples initiatives de partenariat public-privé.