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Vision

Appel à l’action en faveur de l’intermodalité

20 fév 2018 Genève

Pleins feux sur l’intermodalité : à l’occasion de la réunion du Comité des transports intérieurs de la CEE-ONU cette semaine, le Secrétaire général d’IRU Umberto de Pretto a appelé l’ensemble des modes de transport à engager une action collective urgente afin de numériser l’industrie et ainsi ouvrir véritablement la voie au transport intermodal de marchandises et à une interopérabilité logistique totale. 

L’écosystème intermodal

Je m’exprime aujourd’hui à l’occasion d’une session du Comité des transports intérieurs de la CEE-ONU sur le transport intermodal, alors même que l’année 2018 a été déclarée « Année de l’intermodalité » par la Commission européenne. Cette question figure manifestement en bonne place parmi les priorités mondiales du secteur des transports et nous avons à présent l’occasion, mais aussi la responsabilité, de promouvoir le fonctionnement efficace de ce secteur en tant qu’écosystème pleinement intégré, pour une meilleure utilisation des capacités existantes et une efficacité accrue des chaînes logistiques.

Sur fond de tendance croissante à la numérisation, cette vision d’un organisme de transport intermodal véritablement intégré semble plus proche que jamais et la perspective de flux d’information continus à travers l’ensemble des modes de transport est en train de devenir une réalité. 

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Un effort mondial

La communauté mondiale a défini un programme de développement ambitieux pour la période 2015-2030, afin de mettre fin à la pauvreté, protéger la planète et garantir la paix et la prospérité à tout un chacun. Connu sous le nom d’Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, ce programme comprend 17 objectifs mondiaux visant à accélérer le développement social et économique.

D’ici 2030, le transport routier de marchandises devrait progresser de quelque 40 %

Le transport routier est indispensable à ce développement. Il constitue en effet un catalyseur clé pour atteindre les ODD. Au moment où nous nous tournons vers l’avenir, la nécessité de déplacer des marchandises plus efficacement à travers toute la planète se fait plus marquée. Le transport routier de marchandises, en particulier, devrait augmenter de près de 40 pour cent à l’horizon 2030 et d’un peu plus de 80 pour cent d’ici 2050. Ainsi, les systèmes de transit douanier numérisés et harmonisés et les documents électroniques de transport offrent non seulement de puissants outils pour répondre à ces statistiques en hausse, mais permettraient également de faciliter l’intermodalité.

 

L’infrastructure immatérielle du système intermodal  

L’optimisation du transport intermodal compte parmi les moyens les plus efficaces pour réduire les coûts logistiques totaux, accroître l’efficacité et la capacité et fournir un service de haute qualité. 

Il est important de trouver comment atténuer la pression exercée sur l’infrastructure immatérielle du système intermodal, à l’instar des passages aux frontières, en recourant à des solutions ayant déjà fait leurs preuves pour faciliter et sécuriser la circulation des marchandises. 

Le transport routier… première et/ou dernière étape de tout voyage

Le transport routier occupe une place unique dans le transport intermodal. Il marque en effet la première et/ou la dernière étape de tout voyage. Il peut être le lien entre les différentes étapes du transport, contribuant au déplacement des marchandises entre mer, rail et air, et parfois même le seul moyen de transporter les marchandises à travers les pays sans littoral ou en développement. Il insuffle également un dynamisme en faveur de la croissance économique le long des corridors commerciaux, améliorant le sort des communautés, des villes et des agglomérations situées le long de ces corridors. 

Récemment, un article paru dans le New Yorker décrivait l’ampleur du développement économique tel qu’il s’est déjà opéré dans les villes et agglomérations le long des corridors de transport associés à l’initiative chinoise « Une Ceinture, une Route » – avec l’établissement de toutes nouvelles communautés à des carrefours aussi essentiels que le port sec de Khorgos, par exemple.  

 

Améliorer les conditions de passage aux frontières pour faciliter le commerce 

Dans le cadre du transport intermodal, le coût économique élevé et l’impact écologique des goulets d’étranglement qui se forment au passage des frontières sont des domaines qui nécessitent une amélioration. Selon l’OCDE les pertes de recettes découlant de procédures inefficaces aux frontières peuvent dépasser 5 pour cent du PIB dans certains pays. 

IRU soutient de longue date l’abandon des approches fragmentaires en matière de processus frontaliers et leur unification au titre de conventions mondiales telles que la Convention TIR. 

La récente  étude de CUTS International sur la région Bangladesh-Bhoutan-Inde-Népal a montré l’incidence favorable que peuvent avoir des procédures harmonisées aux frontières afin de faciliter les échanges, estimant qu’un système de transit douanier TIR pleinement opérationnel aurait des retombées économiques allant de 0,14 pour cent à 1,31 pour cent du produit intérieur brut national. 

Depuis 70 ans, le TIR permet de faciliter et sécuriser les procédures douanières dans le cadre du transport routier. L’action que nous menons en faveur de l’application du régime TIR au contexte intermodal a révélé des gains de temps et de coûts importants découlant de la réduction des procédures aux frontières, une diminution des émissions produites en raison de temps d’attente écourtés et, réciproquement, une dynamisation significative des échanges commerciaux du fait de la hausse potentielle du nombre de transports.

Dans les faits, nous avons enregistré un gain de temps de 5 jours dans le cas d’un transport sous régime TIR le long d’un corridor commercial intermodal reliant l’Europe au Moyen-Orient. Une autre étude a estimé que l’utilisation du TIR le long d’un corridor intermodal entre la Serbie et l’Azerbaïdjan permettrait de réduire les temps de transit et les temps morts de 92 heures et d’accroître l’utilisation de conteneurs d’environ 33 pour cent dès lors qu’un même conteneur peut servir à transporter des marchandises plusieurs fois au cours d’une année donnée.

Corridor intermodal Inde-Iran : un gain de temps de 40 % et une réduction de 30 % du coût des échanges sont attendus

Cette année, nous testerons l’application du TIR entre l’Inde et l’Iran le long du corridor intermodal International Nord-Sud. Nous attendons un gain de temps de 40 pour cent et une réduction de 30 pour cent du coût des échanges.  

 

La révolution numérique est en marche

Pour aller plus loin, le développement économique et social est conditionné par des transports rapides, fiables et rentables. Pour permettre à l’industrie des transports de contribuer à la réalisation des objectifs de développement international qui apporteront la prospérité, tout en protégeant notre planète, il est essentiel d’optimiser le transport intermodal à travers la logistique numérisée – en recourant à des outils tels que le TIR numérisé et l’e-CMR. 

IRU œuvre au développement de corridors accueillant des opérations intermodales sous couvert du régime TIR numérisé, notamment entre l’Ukraine et la Géorgie ; l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan ; le corridor International Nord-Sud reliant l’Inde à la Russie via l’Iran et l’Azerbaïdjan ; divers corridors intermodaux reliant la Chine à l’Europe ; et les corridors intermodaux en partance des EAU et du Pakistan – mais ce n’est là qu’un début.

 

Se montrer à la hauteur du défi

Dans son appel à l’action à l’occasion de « l’Année de l’intermodalité », la Commission européenne met en évidence le rôle décisif « d’une amélioration de l’infrastructure, des connexions, des incitations et des solutions numériques ». L’industrie des transports doit être considérée dans un contexte plus large, allant au-delà des seuls éléments qui la composent. En choisissant de collaborer sur l’ensemble des modes de transport, nous pouvons parvenir à une totale interopérabilité, condition préalable à la durabilité.

Le secteur doit se montrer à la hauteur du défi : instaurer la révolution numérique du transport intermodal, à partir de la base. 

De Pretto Umberto

Umberto de Pretto, Secrétaire général d’IRU
Umberto de Pretto a pris ses fonctions en tant que Secrétaire général d’IRU en juin 2013, après avoir servi l’organisation depuis 1995 en tant que responsable des Affaires économiques. Il a également exercé les fonctions de coordinateur Politiques et responsable Stratégie au sein d’IRU, avant d’être nommé Secrétaire général adjoint en 2002. 

Selon lui, le rôle d’IRU est d’ériger le transport routier au rang de secteur résolument tourné vers l’innovation et de veiller à ce que ce secteur, ainsi que le cadre réglementaire en présence, soient prêts à faire face aux défis et aux opportunités de demain.

Après avoir suivi un cursus en sciences politiques et relations internationales à l’Université Carleton, à Ottawa, il a travaillé comme adjoint législatif auprès de ministres et membres du Parlement canadien puis s’est installé à Paris en 1992 où il a pris les rênes de la Division des transports. Peu après, il a été nommé directeur adjoint de la Chambre de Commerce Internationale, chargé des pratiques et techniques commerciales internationales.