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Speeches: Prof. Jacques Putzeys, Jacques Putzeys, Lawyer, UNIDROIT, Belgium

 

5ème Symposium
des Juristes, Membres du Réseau d'Assistance Juridique de l'IRU

Droit des transports à l'ère électronique
Aspects juridiques et pratiques des rapports contractuels par voie informatique dans les transports de marchandises (mer, rail, route, transports multimodaux)
Lisbonne - vendredi 1er octobre 2004


Conclusions du 5ème Symposium - Lisbonne, 1eroctobre 2004

Prof. Jacques Putzeys

1. Spécificité du transport routier

1.1. Après avoir entendu les exposés consacrés aux réalisations en matière
d’ « électronisation » de la lettre de transport/de voiture/connaissement dans les autres modes de transport (rail, mer, air), mais aussi chez les transitaires, et devant les efforts internationaux dans ce domaine, il est nécessaire de se replacer devant les spécificités du transport routier de marchandises :

  • éparpillement des entreprises ;
  • diversité des cargaisons ;
  • flexibilité des itinéraires.

Comparons avec l’(actuel) monolithisme des chemins de fer : uniformité des droits nationaux (CIR en trafic intérieur), chargement par wagon, fixité des rails et connivence politique avec les administrations.

1.2. Cette dernière constatation est primordiale. On ne vit jamais un gendarme arrêter un train pour vérifier le poids chargé ou le temps de conduite.

Il y a, dans chaque Etat, pour le transport routier :

  • des exigences formelles : modèles de documents, parfois variables d’administration à administration ;
  • des exigences de contrôles :
    • propres au véhicule ;
    • au conducteur ;
    • aux marchandises.

Jusqu’à présent, les administrations de contrôle veulent voir un papier dans la cabine, la ldv – cmr.

Nous devons donc conclure à des difficultés majeures dans la transposition à la route des enseignements du rail, de l’air et de la mer.

1.3. Nous avons aussi pu constater le particularisme des systèmes proposés et donc des difficultés de leur compatibilité.

2. Résultat des « efforts »

2.1. Il conviendrait de s’entendre d’abord sur le plan sur lequel les efforts – de conversion, actualisation, harmonisation, unification, etc. – doivent porter. Faut-il se situer sur le plan de la « soft-law » ou « Voluntary Regulation » (conditions générales, codes de bonne conduite, loi-type, accords (inter-) professionnels ou uniquement privés) c’est-à-dire laisser faire les « marchands » qui sont plus rapides dans leurs réactions mais portés au « chacun pour soi ».

N’est-il pas préférable de s’en remettre à l’Etat-Providence, souvent empêtré dans des considérations de politique nationaliste ?

2.2. Même si une réglementation avec une finalité et un caractère pratiques s’avère nécessaire – ce dont nous avons convenu – la réalisation effective, dans un délai raisonnable, de pareille réglementation s’avère difficile, voire utopique.

On peut évidemment renvoyer l’initiative aux Etats (celui du contrat ? du trajet ? et en cas de cabotage ?). Ou à des organismes d’intégration économique ou politique (cnudci, ceenu, u.e.), avec les lenteurs que l’on connaît. L’u.e., qui a un pouvoir réglementaire supranational ne s’intéresse pas (actuellement) aux problèmes dits contractuels du transport routier (CMR en trafic national, lettres de voiture uniformes), malgré les distorsions de concurrence.

Serait-il possible de se contenter de règles corporatistes, élaborées, par exemple, par l’iru ? Les expériences sur ce plan ne sont guère convaincantes.

2.3. Les exposés très intéressants n’ont-ils pas mis en lumière les difficultés techniques du propos ?

Il y va, en premier lieu, d’investissements considérables, que seuls des grands transitaires ou les plus grandes firmes de transport peuvent se permettre.

S’il est vrai que le recours à la ldve ne serait jamais qu’une possibilité offerte aux opérateurs, ne va-t-on pas assister à des distorsions de concurrence et à un accentuation du fossé entre petits et grands opérateurs ?

Le Symposium a relevé évidemment le danger des divergences nationales, qui peuvent devenir des facteurs de discriminations nationalistes. Divergences qui peuvent déboucher sur un cumul obligatoire du papier et de l’électronique.

Quid des annexes à la ldve ?

3. « Autoriser » ?

3.1. Peut-être a-t-on eu trop tendance à dire : il suffit d’autoriser l’utilisation de la ldve et de laisser les opérateurs se débrouiller avec les problèmes techniques et surtout juridiques.

L’attention du Symposium a été attirée sur les fondements du raisonnement, la ldv(e) est et reste un instrument de preuve du contrat de transport, de l’échange des consentements et de son exécution. Et puis, il y a toutes les conséquences de la réalisation d’un contrat de transport, pour l’appréciation desquelles la ldv est essentielle.

3.2. Pourtant, la route ne peut pas laisser s’accumuler le retard, « manquer le train ».

Le routier risque d’être ramené au rang de tractionnaire et la maîtrise de la cargaison va lui échapper. Les grands transitaires lui imposant leur loi, il ne sera cependant pas un salarié, mais un faux indépendant. Il pourrait aussi être désavantagé par rapport aux autres modes de transport pour lesquels le processus d’adaptation des conventions sur le contrat de transport a été effectué.

3.3. Donc, avec beaucoup de patience, il faut maintenir le cap : par la voie d’un protocole additionnel à la CMR, permettre juridiquement l’utilisation d’une LDVE, mais éviter le piège d’une organisation administrative et impérative de ce procédé de communication.

Ce qui intrigue, c’est que le « système » fonctionne déjà, sans trop d’inconvénients ; ne faut-il pas poursuivre cette politique attentiste propre aux routiers : continuer et laisser dire !

3.4 Cependant, du travail reste aussi à faire dans le domaine de l’informatique qui doit assurer aux documents électroniques une entière équivalence par rapport aux documents papier. Pour sortir du stade de l’expérimentation, il est nécessaire d’équiper les ordinateurs, avant leur mise en vente, de logiciels adéquats pour permettre d’assurer la compatibilité entre les ordinateurs des expéditeurs, des chargeurs, des transporteurs et des destinataires notamment. Le Symposium a également dévoilé qu’il ne convient plus d’opposer les documents électroniques aux documents papier ou de prévoir l’élimination de ces derniers et leur remplacement par les premiers. Les deux formes de documents sont vouées à cohabiter encore longtemps et pour des raisons variées, du fait de leur complémentarité.

4. Conclusions

Les conclusions de ce Symposium peuvent paraître paradoxales.

La démonstration qui a été faite de l’utilisation du « papier sensible » permettant la perception en temps réel, par tous les opérateurs (expéditeur, transporteur, destinataire, tous ceux qui disposent d’un exemplaire de la LDVE) des indications et des réserves portées sur la ldve, prouve que le « papier visible » et surtout lisible, reste une nécessité.

La ldve a pour but essentiel de permettre, en temps réel et par tous les opérateurs, la traçabilité des cargaisons, depuis le point de chargement (voire dès la production) jusqu’au lieu de livraison (prédéterminé ou ordonné en cours de route), avec indication instantanée de tous les incidents.

Mais ce propos, et cet objectif, ne sont pas l’affaire du transporteur. C’est à la « cargaison » (ayant droit ou transitaire agissant pour le donneur d’ordre) à « se surveiller » ! Assurément, comme il fut adéquatement souligné, la ldve doit faciliter les transactions commerciales, permettre de suivre le flux continue, le « flux tendu ».

Si telle est la réalité, le transporteur routier – celui qui transporte ! – est-il immédiatement concerné ?

Le côté paradoxal, et quelque peu inattendu de cette conclusion, ne doit pas entraîner un relâchement dans la vigilance de l’iru à l’occasion de l’élaboration d’une réglementation internationale propre à la ldve.

Prof. Jacques Putzeys

Président du Symposium



En partenariat avec Associaçao Nacional de Transportadores Públicos Rodoviários de Mercadorias (ANTRAM)


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