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SEMINAIRE DE L’ACADEMIE DE L’IRU 2007

DISCOURS D’OUVERTURE

BRUNO DINGEMANS

Amsterdam, Pays-Bas
27 septembre 2007

Mesdames et messieurs, bonjour. Merci d’être parmi nous aujourd’hui pour ce 5ème séminaire international de l’Académie de l’IRU. J’aimerais remercier sincèrement nos hôtes, alors permettez-moi d’exprimer toute ma gratitude à CCV et ECOS, à NEA, au Westland Group, ainsi qu’à TLN, EVO, KNV et NIWO. Nous apprécions énormément leur soutien et l’aide qu’ils nous ont apportée pour organiser ce séminaire ici à Amsterdam.

Comme vous le savez, l’Académie de l’IRU a été créée en 1999 pour servir de bras pédagogique à l’Union internationale des transports routiers (IRU), afin de répondre à une demande croissante en formation de haute qualité, tant pour les conducteurs que pour les managers.

En effet, une formation appropriée est aujourd’hui incontournable pour les entreprises qui veulent s’assurer un avantage concurrentiel, qu’elles soient actives sur un marché local ou sur le marché mondial. Pourtant, les entreprises de transport qui recherchent des solutions de formation efficaces se heurtent souvent à un manque regrettable d’harmonisation et de transparence des normes de formation. L’Académie de l’IRU résout ce problème grâce à son application « IRU Academy Online ».

Mais nous y reviendrons un peu plus tard. Concentrons-nous pour l’instant sur le séminaire international de cette année qui aborde la question brûlante de la pénurie de conducteurs.

Le dictionnaire nous donne la définition suivante de pénurie : Situation dans laquelle une chose nécessaire ne peut être obtenue en quantité suffisante. Quand je lis cela, je pense tout de suite à mon compte en banque. Malheureusement, il s’agit d’un point sur lequel mon patron et moi ne sommes jamais d’accord.

Le second exemple qui me vient à l’esprit est la sécheresse, lorsque le manque de précipitations peut entraîner un assèchement des réservoirs avec de graves effets secondaires pour les cultivateurs de tulipes hollandais. Je pense ensuite aux coupures de courant. Ici, l’électricité peut être coupée en une seconde, mais les effets secondaires en sont généralement de courte durée. Le réseau est rapidement réparé et chacun peut s’en retourner joyeusement augmenter ses émissions de carbone.

A mon avis, le manque de conducteurs – tant pour le transport de marchandises que pour le transport de personnes – s’apparente plutôt à la sécheresse. L’approvisionnement décroît progressivement et si l’on ne rempli pas à nouveau le réservoir, ce n’est qu’une question de temps avant que le système ne se retrouve à sec. Les chauffeurs sont aux transports routiers ce que les pluies sont aux cultivateurs. Avec eux, une entreprise peut être florissante. Sans eux, ou s’ils sont trop peu nombreux, la croissance, ou ne serait-ce que se maintenir à flot, est impossible.

La plus grande force du secteur des transports routiers réside sans aucun doute dans sa flexibilité, sa capacité à livrer « juste à temps » et à proposer des services en porte à porte, avec les compétences et la flexibilité nécessaires pour respecter des exigences de plus en plus complexes en termes juridiques, opérationnels ou de produit.

Le manque du bon nombre de chauffeurs au bon moment, avec les bonnes compétences peut paralyser cette capacité. Cela peut entraîner des perturbations fonctionnelles, une perte de revenus et probablement entamer la confiance des clients et faire baisser les commandes. C’est une situation dans laquelle les entreprises se retrouvent de plus en plus, ou se retrouveront tôt ou tard.

Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi le manque de conducteurs est-il soudainement devenu une question si brûlante ? Ca ne s’est pas fait du jour au lendemain. Le processus s’est amorcé lentement au cours des dernières années, parallèlement à une croissance soutenue de l’économie mondiale et à l’essor correspondant de la demande en transports. Cette croissance économique est sans aucun doute une évolution très positive mais les secteurs de services, comme le transport, doivent répondre à cette demande et admettre la nécessité d’embaucher davantage de personnel pour maintenir l’efficacité de leurs prestations.

Ce nombre insuffisant de conducteurs s’est pour l’instant manifesté plus précisément dans les économies occidentales mûres, pas seulement en Europe mais aussi aux Etats-Unis, et partout où il existe un marché du travail hautement compétitif et des taux de chômage relativement bas. Mais la pénurie de conducteurs commence également à se faire sentir dans les pays où les revenus sont moins élevés. Le phénomène de la fuite des cerveaux est devenu banal dans de nombreux secteurs économiques. A l’ère de la mondialisation, on observe désormais une tendance des personnes les plus compétentes, les plus brillantes, bref des meilleurs, à partir à l’étranger pour « tenter leur chance » ailleurs. Les avocats, les universitaires et les infirmières du monde entier ont tous pris cette voie. Les conducteurs qualifiés ne font pas exception. La pénurie de chauffeurs ne concerne donc pas uniquement les pays à hauts salaires ; c’est une tendance qu’il faut inverser partout.

Si les chauffeurs sont aux transports routiers ce que les pluies sont aux cultivateurs, alors il nous faut construire un excellent système d’irrigation pour canaliser le personnel adéquat vers les entreprises qui en ont besoin, et s’assurer qu’aucune de ces précieuses ressources humaines n’est gaspillée. Mais comment garantir l’approvisionnement ?

Nous devons admettre le fait que les conducteurs représentent une main-d’œuvre vieillissante, avec une moyenne d’âge qui tend résolument à la hausse. Les conducteurs plus âgés ont certainement leur place. Les conducteurs à la longue expérience sont inestimables et rien ne peut véritablement remplacer l’expérience pratique accumulée durant de longues années sur la route.

En réalité, il se pourrait que davantage de pays doivent instaurer des politiques comme celle en vigueur au Royaume-Uni, qui est d’encourager les travailleurs plus âgés à rester sur le marché du travail au-delà de l’âge légal de la retraite. Mais il y a un besoin urgent de jeunes conducteurs pour remplir le réservoir, surtout dans la mesure où ceux qui appartiennent à la génération informatique sont plus à même d’avoir les compétences requises par un secteur toujours plus technicisé.

La pyramide des âges a besoin d’être élargie à la base par un influx de jeunes conducteurs. Nous devons faire en sorte de pouvoir encore se targuer, d’ici 20 ans, que le secteur dispose de milliers de conducteurs au sommet de leur carrière, et dont le niveau d’expertise n’est réalisable qu’au prix de longues années de service.

Bien entendu, les transporteurs routiers ne peuvent pas attendre que de jeunes conducteurs tombent du ciel. Mais en tant qu’industrie, nous avons l’avantage de pouvoir développer un politique vigoureuse de culture du conducteur. Mais si nous ne le faisons pas, contrairement aux cultivateurs, nous n’aurons personne d’autre à blâmer que nous-mêmes si les affaires s’effondrent.

Cette politique ne doit pas seulement étudier comment recruter les conducteurs mais aussi comment les garder. Alors quels sont les obstacles à abattre pour encourager plus de jeunes à entrer dans la profession et pour les garder ?

Il faut d’abord lutter contre le fait que de nombreux jeunes gens choisissent d’autres métiers que ceux des transports routiers à cause de la mauvaise image de la profession aux yeux du grand public. Des campagnes promotionnelles peuvent faire beaucoup pour souligner les aspects positifs du métier. Mais nous devons aussi considérer l’impact des délais extrêmement long d’accès à la profession ainsi que les conséquences de la nouvelle Directive sur la formation des conducteurs. Une bénédiction, un fardeau ou un étau ? Nous y reviendrons plus tard, de même qu’à la difficulté d’accéder à la profession. Mais quid des autres signes qui incitent les conducteurs à aller voir ailleurs ? Nous devons reconnaître que les heures de travail peu favorables à une vie sociale, qui impliquent de longues périodes loin des amis et de la famille, n’aident pas à attirer ou à retenir les conducteurs. Certaines questions comme les salaires, l’avancement professionnel, les changements technologiques et les nouvelles pratiques opérationnelles, peuvent pousser de nombreux « anciens » à quitter la profession.

Lorsque nous aurons une vision plus claire de ces réalités, elles devront être confrontées à d’autres faits : la mobilité de la main-d’œuvre, les changements démographiques et sociaux, les niveaux d’éducation plus élevés et les attentes qui en découlent en termes de carrière. Il doit bien y avoir des solutions à toutes ces difficultés apparentes ! Je crois personnellement qu’en exploitant les opportunités qu’offre l’éducation moderne, et qu’en faisant correspondre les emplois et surtout la formation aux attentes, nous pouvons faire du secteur des transports routiers une carrière de choix pour les actifs du 21ème siècle.

Avant de conclure, laissez-moi approfondir encore un peu cette question de la formation. Dans une économie mondiale, ce n’est pas la grande ou petite taille d’une entreprise qui compte, mais bien la qualité des services qu’elle propose. Améliorer la qualité des services fournis par le secteur et garantir une bonne évolution professionnelle grâce à la formation est synonyme et indispensable pour contrecarrer la pénurie de conducteurs. C’est aussi la raison d’être de l’Académie de l’IRU.

L’objectif de l’Académie de l’IRU est d’offrir une reconnaissance internationale aux instituts de formation accrédités par l’Académie et à leurs diplômés du secteur. Nous proposons des formations par le biais d’un réseau de plus de 30 instits accrédités basés dans plus de 30 pays différents. Ces centres décernent à leurs étudiants un diplôme de l’Académie de l’IRU, internationalement reconnu, qui atteste de leurs compétences professionnelles.

L’Académie de l’IRU occupe une place de choix pour diriger l’harmonisation des normes de formation, intégrer les meilleures pratiques internationales et vérifier – en toute indépendance – que ces normes de formation sont en phase avec les réglementations communautaires et les autres instruments internationaux.

L’Académie de l’IRU délivre des certificats de compétence professionnelle (CCP) aux managers de transports. Des CCP pour le transport de marchandises dangereuses, pour l’utilisation correcte du tachygraphe ainsi qu’un programme pour les chauffeurs professionnels sont actuellement en phase de test. Ils fourniront donc aux diplômés un savoir faire de premier ordre !

Dans une dynamique évolutive, et qui reflète le besoin des conducteurs de prouver leur évolution professionnelle et leurs compétences sur un marché du travail compétitif, l’Académie de l’IRU s’est mise en ligne. Les diplômés, par le biais de leur page web individuelle et sécurisée, peuvent visionner en ligne leurs diplômes ou certificats de l’Académie de l’IRU en format PDF. Leur page web leur permet de mettre à jour les informations les concernant, de créer leur curriculum vitae et de laisser les employeurs potentiels accéder en ligne à leurs qualifications et leur CV.

En outre, l’Académie de l’IRU a la chance de bénéficier du soutien d’un Comité consultatif de haut niveau, composé de représentants de la Banque mondiale, de la Commission économique des Nations-Unies pour l’Europe (CEE-ONU), du Forum international des transports, de la Commission européenne, de la Fédération européenne des ouvriers du transport et de la Fondation européenne de la formation. L’Académie de l’IRU est également fière d’avoir l’appui de l’Organisation internationale du travail et du Parlement européen.

Mesdames et messieurs, personne n’est un meilleur atout pour une entreprise qu’un employé fier de son travail. En fin de compte, c’est par cela que nous devrions pouvoir attirer les conducteurs vers la profession routière et c’est ce que nous nous efforçons de faire grâce à l’Académie de l’IRU. Je suis convaincu que sur le long terme, un avenir solide pour l’Académie ira de pair avec l’augmentation du nombre, des compétences et du degré d’excellence des conducteurs dans le secteur des transports routiers.

Il est une légende en Hollande, d’un petit garçon qui a sauvé son pays de l’inondation en mettant son doigt dans la digue pour arrêter les flots. J’attends avec impatience le jour où nous devrons pendre des mesures similaires pour retenir un déferlement de nouveaux conducteurs essayant d’accéder à la profession. J’espère qu’aujourd’hui nous parviendrons à identifier ce qu’il faut faire pour en arriver là. En attendant, je me réjouis de travailler avec vous pour construire ce meilleur avenir.

Merci.

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